Exposition +20: les tremplins de l'architecte Eric Pelletier

Blog mai 21, 2013
Depuis 2009, Eric Pelletier (deuxième à gauche) est à la tête du bureau Eric Pelletier architectes et est entouré d'un noyau solide de sept équipiers : Emmanuelle Champagne, Annie Martineau, Dominic Despati, Amelie Turgeon, Laura Didier et Sarah Desrochers
Le Soleil, Erick Labbé
(Québec) Il y a un an, quand l'École d'architecture de l'Université Laval a proposé à Eric Pelletier de faire une exposition sur sa carrière, il était ému et content. Vingt ans plus tôt, jour pour jour, il terminait justement son cours dans l'édifice du Vieux-Séminaire de Québec. Une belle coïncidence et «un bel honneur».
L'expo +20, lancée récemment et présentée jusqu'en octobre à la salle Jean-Marie-Roy au 1, côte de la Fabrique, est un condensé en photos et en maquettes de ses projets marquants. De projets qui ont été des «tremplins», puisque dans la pratique, un dossier en amène un autre, explique l'architecte de 46 ans. «On fait un concours, qu'on perd, mais ça nous amène ailleurs.» L'exposition est également une occasion de montrer que dans le métier, il est possible de travailler sur un concours international, tout en dessinant un petit agrandissement pour un particulier dans Limoilou. «Notre profession nous permet de toucher à tout et c'est ce qu'on aime, de passer d'un bâtiment culturel à un ouvrage de génie civil comme un pont.» Aujourd'hui, il est à la tête du bureau Eric Pelletier architectes. Et est entouré d'un noyau solide de sept équipiers. Sur les murs de l'exposition, sa page préférée est d'ailleurs celle avec les photos de son monde, des séances de travail, des moments de fou rire, des bébés. Le Soleil a voulu en savoir plus. Q Avez-vous toujours voulu être architecte? R Non, c'est arrivé sur le tard. Enfant, je bricolais, je dessinais des plans pour des modèles réduits, mais ce n'était pas quelque chose à quoi j'avais pensé. Au cégep, on ne sait pas en quoi on s'en va. On n'est pas motivé. Je n'étais pas motivé. J'ai fait une demande à l'École d'architecture, j'ai été refusé. Radicalement. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de devenir architecte. J'ai fait un an à l'université pour effacer mon cégep. J'ai réussi, j'ai été accepté et c'est devenu une passion. Q Avez-vous un mentor, quelqu'un qui vous inspire? R Quand on finit l'université, on a un stage à faire. J'ai travaillé chez Gauthier Guité Roy qui était la grosse firme de l'époque. J'ai travaillé avec M. Gilles Guité de qui je suis resté très proche. C'est devenu un ami et un mentor précieux. On se voit régulièrement. Q Vous faites de l'architecture résidentielle, ce qui n'est pas le cas de toutes les firmes. Qu'est-ce qui vous pousse à prendre ces mandats? R On n'en a pas 20 sur la table, mais toujours deux ou trois par année, plus ou moins. On en a toujours fait. Quand on a parti notre bureau en 1995, Croft Pelletier architectes [bureau qu'il a codirigé jusqu'en 2009], c'était la crise économique, on s'est habitué à prendre des petits projets. On en fait encore parce que c'est excessivement important. Aussi, c'est un bel exercice de travailler avec des budgets restreints, de faire un maximum avec un minimum. Toutes les maisons que vous voyez ici, il n'y en a pas une qui ait coûté un million de dollars. J'en vois qui ont coûté 50 000 $, 100 000 $, un demi-million peut-être. Apprendre à faire le plus possible avec le moins de moyens et mettre l'argent au bon endroit, ça s'applique après à n'importe quel autre projet. C'est aussi une belle école en début de carrière de travailler sur une résidence, parce que c'est le contact client, apprendre à bien expliquer notre travail, à impliquer le client. On n'est pas là pour imposer nos idées, mais pour créer quelque chose. Q Quel est le profil des clients qui communiquent avec vous pour concevoir leur propriété? R Tout le monde. Ça va du jeune couple à des gens rendus à leur deuxième ou troisième maison, qui veulent avoir une demeure qui leur ressemble. Des gens qui veulent s'impliquer, surtout au début. Certains ont des problématiques particulières, d'insertion sur un site par exemple. D'autres veulent avoir quelque chose de distinctif, un projet signature.
La bibliothèque du Boisé, actuellement en construction, à Montréal, et qui sera ouverte dans 2 mois. Projet réalisé en consortium CHA / Labonté Marcil / Eric Pelletier architectes
Q Outre votre signature contemporaine, quel est votre fil conducteur, qu'on passe d'une résidence à quelque chose de plus grande envergure? R Je n'ai pas vraiment de réponse, peut-être que je n'en veux pas non plus ou que je ne veux pas en formuler une précise. Mais il y a une chose qui est toujours restée, c'est l'approche au site, comment on s'intègre sur le lieu, autant sous l'aspect social que physique. Par exemple, la bibliothèque de Charlesbourg est intimement tissée au lieu. Il n'y a aucun projet qu'on peut prendre et mettre ailleurs. Pour nous, c'est excessivement important. J'aime aussi que les projets parlent, suscitent des émotions, bousculent les gens un peu. L'amphithéâtre de Trois-Rivièves, c'est un projet éclaté, assez structural. On veut que les gens fassent le tour et se l'approprie. On essaie de mettre aussi un peu de poésie. On n'est pas juste là pour assembler des espaces dans un budget, on veut que ce soit beau. Q Dans le monde, quel projet vous a particulièrement marqué? R L'Institut du monde arabe, à Paris, un projet de Jean Nouvel, excessivement bien enraciné dans un site avec Notre-Dame de Paris devant, au pied de la Seine, ça m'avait marqué. La première fois que je l'avais visité, j'avais détesté. J'y suis retourné quelques années après et ç'a été comme un déclic. Je dirais aussi le Panthéon à Rome, c'est intéressant quand on entre et... (il mime les frissons sur les bras). Récemment, on est parti tout le bureau faire un voyage d'études en Californie. On a visité la Stahl House, une maison mythique à Los Angeles sur une colline avec une piscine, tout en verre et la ville en dessous. J'étais énervé comme un enfant. C'est propre à chacun les sentiments qu'on ressent pour un projet, mais c'est important d'essayer d'atteindre ça. Ultimement on ne construit pas pour nous, mais pour les gens.
Résidence Grenon Guité à Ste-Foy, un projet réalisé par Éric Pelletier avec la collaboration de son mentor, Gilles Guité.
Photo Stéphane Groleau
Q Quelle est votre participation aux différents concours? R On commence à l'international. Notamment avec la firme Lemay (comme pour le parlement du Costa Rica, que le consortium n'a toutefois pas eu). Tous les concours possibles qui peuvent sortir au Québec, idéalement on les fait, au rythme de deux ou trois par année. C'est le volet extrême de notre pratique. On ne veut pas être dans une zone de confort. Ça serait trop simple de refaire la même recette. Bien sûr, il y a des liens dans nos projets. Mais les concours permettent à l'équipe d'aller plus loin. Q Quels sont vos projets à venir? R On a une trentaine de dossiers en cours. Actuellement, on travaille beaucoup à Montréal, sur le dossier Ubisoft avec Lemay. Je travaille aussi sur un des projets de concours en Algérie. Je suis intervenu sur une salle de spectacles. Parmi les défis qui s'en viennent, on a aussi un projet d'auberge dans la région de Montmorency, quelque chose de très différent de ce qu'on voit, où on essaie de diminuer l'empreinte écologique au maximum. Q Vous coachez des étudiants en fin de parcours. Quels sont les défis des jeunes architectes? R Le marché a beaucoup changé depuis que je suis sorti il y a 20 ans. Aujourd'hui, c'est facile de prendre ce qu'on voit sur Internet, de l'arranger et de le transposer. Il ne faut pas faire ça. Aujourd'hui la diffusion est plus rapide et immédiate, le plus grand défi est de trouver leur voie. via lapresse.ca...
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