- 19 août 2026
Un grand chantier peut accomplir bien plus que remplacer ce qui vieillit. Reste la question la plus difficile: comment?
Transformer une infrastructure en un véritable morceau de ville ne relève pas de la bonne intention. Cela se joue dans une série de décisions concrètes, souvent prises très tôt, parfois par défaut. Voici huit principes pour faire passer l’ambition de l’idée au chantier.
![]()
Élargir la grille d’évaluation
On a longtemps jugé un projet d’infrastructure à trois questions : peut-on le construire? le financer? l’entretenir? Elles restent nécessaires. Mais elles ne disent rien de ce que l’ouvrage apporte ou retire à la ville.
Trois autres méritent aujourd’hui la même place dès l’étude de faisabilité : qui en profite? qu’est-ce que le projet répare dans son milieu? que laisse-t-il en héritage? Ce qu’on accepte de mettre dans la grille finit toujours par se retrouver dans l’ouvrage.
![]()
Décloisonner les budgets et les mandats
Si tant de projets ne font qu’une seule chose, c’est souvent parce qu’ils sont financés par une seule enveloppe et pilotés par un seul service. Le budget « transport » ne parle pas au budget « parcs », qui ignore le budget « logement ».
Un projet capable de porter plusieurs missions exige qu’on relie ces silos dès le départ : mandats partagés, budgets mis en commun, responsabilités croisées. La convergence des bénéfices commence par la convergence des mandats.
![]()
Consulter tôt celles et ceux qui vivront avec l’ouvrage
Une infrastructure façonne parfois le quotidien de deux ou trois générations. Les personnes qui l’habiteront ont de leur milieu une connaissance fine qu’aucune étude ne remplace.
Les impliquer dès la conception, et non à la fin pour valider un plan déjà arrêté, améliore autant la qualité du projet que son acceptabilité. Une communauté qui a participé défend l’ouvrage plutôt que de le subir.
![]()
Concevoir pour ce qu’on ne sait pas encore
Les ouvrages qu’on construit aujourd’hui serviront dans un monde qu’on ne peut pas entièrement prévoir : climat, usages, technologies, démographie. La rigidité est un pari risqué.
Concevoir pour l’incertitude, c’est privilégier l’adaptabilité, soit des ouvrages qu’on peut faire évoluer, agrandir ou réaffecter sans tout démolir, et évaluer chaque choix sur l’ensemble de son cycle de vie, empreinte carbone comprise. Ce qu’on garde flexible aujourd’hui évite de rouvrir le chantier demain.
![]()
Remettre les personnes au centre du déplacement
Repenser une infrastructure de mobilité, c’est d’abord décider qui a la priorité. Trop d’ouvrages ont été calibrés pour le débit automobile, la marche et le vélo venant s’insérer dans l’espace qui restait.
Inverser cet ordre, en concevant d’emblée pour la personne qui marche, roule ou prend le transport collectif, tous âges et toutes capacités confondus, change la forme même de l’ouvrage, et celle de la ville qu’il dessine autour de lui.
![]()
Faire du chantier une phase utile, pas seulement une nuisance
Un grand projet, c’est souvent plusieurs années de travaux. On les traite d’ordinaire comme un mauvais moment à passer.
Or cette période est aussi une occasion : y tester des usages temporaires, rendre le chantier lisible et animé, préfigurer les espaces à venir, atténuer les impacts sur le voisinage et les commerces. La façon dont on construit fait déjà partie de ce qu’on livre.
![]()
Penser au-delà de l’emprise
L’influence d’une infrastructure ne s’arrête pas à ses limites. Une station, un pont ou un boulevard transforment les rues, les terrains et les usages sur des centaines de mètres autour.
Concevoir à cette échelle élargie, celle du quartier, et pas seulement de l’ouvrage, permet d’anticiper ces effets plutôt que de les subir : là où la valeur foncière va grimper, là où de nouveaux besoins vont apparaître, là où le projet peut amorcer une requalification plus vaste.
![]()
Prévoir dès maintenant qui en prendra soin
Les bénéfices ajoutés, qu’il s’agisse d’un parc, d’une place, d’une canopée ou d’un milieu naturel, ne durent que si quelqu’un en assure l’entretien. Trop d’aménagements ambitieux se dégradent faute d’un responsable et d’un budget clairs.
La question de la gérance ne se règle pas après l’inauguration : elle se pose dès la conception. Un ouvrage pensé pour durer, c’est aussi un ouvrage dont on a prévu, dès le premier jour, comment il vivra dans cinquante ans.
_____________________________________________________________________________________________________________________________
Ouvrir la conversation
Ces huit pistes ne forment pas une recette. Ce sont des angles pour interroger nos grands projets autrement, et pour élargir le débat au-delà des seules questions techniques et financières.
Aucun projet ne les réunit toutes, et chaque milieu appelle ses propres réponses. Mais poser ces questions plus tôt, plus souvent et à plus de voix, c’est déjà se donner la chance de faire beaucoup plus avec un même chantier.
Cette réflexion prolonge notre infolettre « Tisser la ville de demain ». Pour poursuivre la conversation et recevoir les prochaines éditions, inscrivez-vous ici : https://mailchi.mp/lemay/inscription