• 9 juin 2021

Un texte de Patricia Lussier

L’année 2020 a prouvé que nous pouvions changer. Dans le monde entier, nous avons radicalement modifié nos habitudes, y compris notre relation avec les espaces publics. L’année dernière a ravivé notre appréciation des espaces verts dans les paysages urbains. Elle a également renforcé le pouvoir collectif des efforts individuels. Nous avons une occasion incroyable de remodeler la vie urbaine d’une manière qui sera bénéfique à la fois pour les individus et pour la planète. Comment pouvons-nous profiter de cet élan et créer des conceptions durables et de meilleure qualité – qui se traduiront en fin de compte par de meilleures villes ?

Un lien plus intime avec la nature

L’architecture de paysage a évolué avec la nouvelle réalité, jouant un rôle de plus en plus important dans l’intervention et le développement des espaces. Ce qui était auparavant plus axé sur l’écologie a évolué vers une approche holistique. Les éléments vivants font l’objet de nouvelles considérations dans le processus de création des forêts urbaines. Les discussions sur les plantes monospécifiques sont remplacées par des discussions sur la biodiversité. Nous constatons que les conceptions purement esthétiques cèdent le pas à l’adaptabilité, à la durabilité des végétaux et à l’évolution de ce qui est beau. Alors que la profession et ses pratiques évoluent, la mission reste la même : créer des espaces qui améliorent la vie des gens et les connectent à la nature. Avec la nouvelle importance accordée aux espaces publics, nous sommes appelés à prendre part à un dialogue ouvert sur la création d’espaces résilients qui favorisent le bien-être. Cette conversation transcende le monde de l’architecture de paysage et implique de nombreuses parties prenantes, notamment des ingénieurs, des planificateurs, des écologistes, des spécialistes en santé publique, des promoteurs et des décideurs politiques. Le verdissement de nos villes devient un effort collectif.

Nous devons commencer par adopter une approche centrée sur les humains dans la conception de lieux publics. Ce faisant, nous serons en meilleure position pour créer des espaces publics plus significatifs qui favoriseront la vitalité, la durabilité sociale et la cohésion communautaire. Une fois créés, nous devons explorer comment nous pouvons mieux soutenir et préserver ces sites. En effet, nos efforts risquent d’être inutiles si nos conceptions ne tiennent pas compte de l’entretien et de la maintenance. Les biologistes, les équipes multidisciplinaires et les scientifiques sont indispensables lorsqu’on s’engage à concevoir pour l’avenir et pour assurer le bon entretien des micro-écosystèmes. Ces collaborateurs nous permettent de faire évoluer continuellement notre approche pour mieux soutenir la préservation de ces sites importants.

De nouveaux outils pour la viabilité et la durabilité

Les architectes paysagistes ont commencé à utiliser de nouveaux outils et mécanismes pour favoriser la qualité et le suivi de leurs projets.

  • L’application de principes de biophilie : ces principes permettent d’améliorer la santé et le bien-être à une plus grande échelle, et ce, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.
  • L’utilisation de méthodes pour l’élaboration de forêts urbaines résilientes et autosuffisantes, dont la méthode Miyawaki qui a entre autres enrichi notre proposition Hypernature 066.
  • De nombreuses études qui ont approfondi nos connaissances sur les sols et l’importance des micro-organismes. La compréhension des écosystèmes est de plus en plus étudiée.
  • L’incorporation de la réalité virtuelle dans la pratique en tant qu’outil de visualisation et de présentation dans les dernières étapes de la conception. Elle a permis de nouvelles formes d’analyse, de représentation et de projection du site.

La durabilité et la performance d’un site peuvent être évaluées à l’aide des indicateurs suivants :

  • La plateforme LEED Arc est un système de mesure qui explore des variables telles que l’énergie, l’eau, les déchets, le transport ainsi que l’expérience humaine pour mesurer la durabilité d’un projet.
  • La période de performance de 12 mois du Living Building Challenge examine les matériaux, le site, l’énergie, l’eau, la qualité intérieure, la beauté et l’inspiration – pour encourager la création d’un environnement bâti régénérateur.
  • Le crédit Sustainable SITES est un système complet destiné à être utilisé par plusieurs parties prenantes pour garantir la création de projets durables et résilients. Son système d’évaluation comprend des lignes directrices et des critères de rendement pour mesurer la performance et la durabilité d’un site et en accroître la valeur.

Des guides pour aider à la mesure des performances ont aussi fait leur apparition, incluant celui de la Landscape Architecture Foundation qui nous guide dans l’évaluation des bénéfices environnementaux, sociaux et économiques des projets.

Avec un nombre croissant d’outils à notre disposition pour garantir que nos conceptions sont ancrées dans l’innovation et la durabilité, nous jouons tous un rôle en continuant à faire progresser la profession ainsi que nos valeurs et nos programmes pour aller vers un monde plus vert.

Nous devons rester optimistes et critiques quant à la manière dont nous pouvons créer des conceptions durables. L’année dernière a permis de montrer que les gens sont capables de changer leurs habitudes et leurs priorités quotidiennes. La recherche de conceptions plus vertes, plus innovantes et plus durables ne sera pas un effort individuel. La collaboration est essentielle. Forts d’un nouvel élan, d’outils émergents, d’une réflexion collective et d’une vision optimiste, tous les citoyens sont appelés à participer au débat sur la création d’une meilleure ville pour le futur.

Cliquez ici pour lire notre article sur la place des Montréalaises – un projet d’architecture de paysage qui pousse la pratique plus loin en favorisant une approche qui encourage la biodiversité, les conceptions autosuffisantes et la collaboration multidisciplinaire.

 

 

 

 

Patricia Lussier, architecte paysagiste associée chez Lemay, compte plus de 20 ans d’expérience dans le développement d’espaces publics aux échelles variées et aux dimensions multiples. Conçus comme des lieux de rencontre et d’épanouissement, elle leur apporte une sensibilité particulière qui met en valeur l’histoire et le génie du lieu. Sa démarche professionnelle élargie l’a mené à participer à divers projets et concours pluridisciplinaires et ce, tant en design urbain qu’en architecture de paysage et en architecture. Ces expériences privilégiées et son souci de toujours créer des espaces qui servent le lieu et ses utilisateurs l’ont amené à concevoir des projets uniques qui ont remporté plusieurs prix d’excellence.